Série: Nos circuits racontés par les randonneurs ! S5 ep2

Saison 5 : Le Tour de Margeride Episode 2

Randonnée racontée par Stéphane, en compagnie de Martina, Vanrex, Fahyza et June le Berger Australien

Jour 2 : Lac de Charpal – Les Bouviers

3 juillet – Le lendemain, le ciel est couvert, chargĂ©, et après 2 heures pour petit-dĂ©jeuner, dĂ©monter tente et paddocks, ranger, panser et seller, nous voilĂ  prĂŞts pour partir Ă  l’assaut du Truc de Fortunio.
Les chevaux ont l’air d’avoir passé une bonne nuit, même si hors du paddock, tous les voyants sont aux verts.

Fort de ses 1552 mètres d’altitude, le Truc de Fortunio est LE point culminant de la Margeride. Au sommet, le panorama mérite à lui seul l’ascension : il offre un point de vue splendide sur le lac que nous avons quitté ce matin et le Plateau du Roy, sur l’Aubrac, les Cévennes, le Cantal, voir même les Alpes.
Les pas de nos chevaux traversent les premiers chaos constituĂ©s d’empilements de rochers de granit fracturĂ©s et arrondis par l’Ă©rosion.

Après avoir détaillé la table d’orientation, nous reprenons la route, passage sous le Signal de Randon, le petit frère du truc de Fortunio, d’ 1m seulement de moins.

Plus loin, descente vers le col du Cheval Mort.
En contrebas du col, nous apercevons, fermée, isolée, La Baraque-du-Cheval-mort qui a appartenu à Léo Ferré.
Le col doit son appellation à une terrible légende qui donne la mesure de l’isolement et de la rudesse des lieux.

Elle raconte qu’une veille de Noël, un dénommé Baptistou décida de rendre visite à sa promise à Saint-Amans (Lozère). Parti du Giraldès, tôt le matin, avec sa belle jument achetée à la foire de Grandrieu à la Saint-Michel, le voilà surpris par la neige. En approchant de la baraque en ruine du cantonnier, au pied du col des Pendus, la tourmente efface le chemin et il gèle à pierre fendre. Baptistou lutte pour ne pas s’endormir. C’est là qu’il se souvint de la retraite de Russie : on racontait que les hussards se protégeaient du froid en se glissant dans le ventre des chevaux morts. Il saigne la jument moribonde, lui ouvre péniblement le ventre, la vide de ses entrailles fumantes et s’abrite à l’intérieur de l’animal, rapporte la légende.
Le lendemain, la tempête s’est calmée et Baptistou rentra au Giraldès. Mais il n’épousa pas sa promise, désormais privé de la dot que représentait sa jument…

Passé le col, sur une courte portion de bitume, nous croisons quelques cyclistes dont un nous apostrophe, « mais alors, il n’est pas mort le cheval !

Nous poursuivons sur le GR43 ou GRP Tour de la Margeride en pleine forĂŞt. La pluie nous rattrape un instant.
Nous traversons le hameau de Giraldès, nous faisons une halte au ruisseau du Chapeauroux, né sous le col du cheval mort, et qui cascade de granit en granit, il est bon de s’attarder à écouter le chant de l’eau et d’abreuver nos compagnons.

Sur les hauteurs de Giraldès, nous traversons de magnifiques paysages ouverts de landes au milieu des troupeaux de vaches et de chevaux, chemins pointillés de jaune par les jonquilles et gentianes, les genêts de temps en temps complètent le tableau.
Nous aurions aimé rencontrer les Aurochs (reconstituées), l’ancêtre de la vache, mais non, elles sont bien cachées, surement intentionnellement à l’écart des chemins afin de les laisser isolées et qu’elles (re)trouvent un état sauvage.

Après le lieudit Peyre Plantade, qui porte bien son nom pour les quelques passages délicats devant nous, nous avons un joli sentier en single avec d’un côté les barbelés et de l’autre épicéas et broussaille bien épaisse, il nous faut serrer les fesses, puis un passage dans les marais avec un bric-à-brac de planches mises en travers pour piétons, on évite, on hésite, on s’enfonce, ça passe …

Plus loin, passage par le Col des Trois sœurs, là aussi, lieu tragique où 3 sœurs du hameau de La Panouse revenant du bal de La Villedieu se sont fait surprendre par une tempête de neige, pour nous le ciel se dégage.

Ensuite ce sera la traversée de La forêt de la Croix de Bor sur plusieurs km, un vaste massif forestier de hêtres et d’épicéas avec de belles pistes forestières bordées d’œillets rose fuchsia qui permettraient de belles allures, forêt qui s’abandonne de temps en temps à la lande et ses beaux pâturages.

Un peu avant notre arrivée, nous croisons Jérôme, accompagnateur équestre, mais pas que (…), qui nous indique où sont les paddocks pour ce soir, et qu’il nous retrouve sur place.
En fin d’après-midi, nous arrivons à la barraque des Bouviers, station de pleine nature à 1400m, où nous nous resterons 4 nuits, car la randonnée n’est pas exclusivement équestre, mais ce veut aussi détente, farniente au vert et ballades en étoiles.

Après avoir dessellé et mis les chevaux au pré, nous apprenons de Jérôme que l’Auberge (la seule) de la station n’a pas réouverte. À son grand dam, et au notre aussi, de ne pouvoir boire une bière au retour de ses ballades accompagnées et de discuter un peu plus de sa région. Au notre doublement, car nous comptions sur l’auberge pour nous sustenter ce soir et demain dimanche, panique !
Après quelques appels, le restaurant Le Laurès à 15km d’ici à Grandrieu, aura la gentillesse de nous monter un plateau repas en fin de service, et le lendemain matin une vacancière aura la bienveillance de nous descendre au village où nous profitons du marché et des épiceries pour faire le plein.