Série : Nos circuits racontés par les randonneurs ! S1E3

Saison 1 : Circuit Chevauchée Cévenole

3 journées et étapes par Stéphane et Martina

Episode 3

J4 – 17 juillet : Ispagnac – La Citerne Ecuries du Méjean

Balade sur le Causse Méjean, à la découverte des vastes steppes typiques du plus grand des Causses de Lozère, pas moins de 39 km et 1080 m de dénivelé !
Aujourd’hui ce sera du dénivelé, des kms, de jolis sentiers, de superbes paysages, encore, nous emprunterons sur la moitié du parcours le tracé de la première boucle des 120 km de Florac.

Levés au petit matin, la journée sera longue, mais nous repoussons chaque jour un peu plus le réveil quand bien même les étapes ne raccourcissent pas !
Nous nous retardons même d’une demi-heure supplémentaire au moment de seller à croiser Jean Pierre, un habitué des lieux et du territoire, ancien guide randonneur en Lozère et que nous avions croisé l’an passé, toujours des instants sympas à échanger nos tracés respectifs, des points remarquables, ceux à éviter, des anecdotes …

Par précaution, et après déjà pas mal de kms, ce matin nous chaussons les pattes avant de June pour soulager ses coussinets.
Nous partons donc à 9h40 de chez Pierre et Déa, nous faisons la traversée d’Ispagnac et ses ruelles étroites pavées et son pont à pieds.

Nos chevaux se lancent vaillamment dans la montée, direction le Causse par la Forêt Domaniale des Gorges-du-Tarn, par Grousseyras, la Serre, les Taillades, une pente moyenne de 7% sur 7 km sur de jolis chemins. La montée nous offre de belles vues sur Ispagnac, Quezac en contre-bas et le Causse Sauveterre les surplombant.

Au km 8 et après 2hr45 de montée, nous sortons des bois pour jouir des premiers panoramas de la journée sur le Causse, un peu plus loin le premier hameau caussenard, le Tomple, sans rencontrer personne. Nous nous arrêtons pour une pause bien méritée pour les chevaux, se rafraichir à la fontaine du hameau et refaire le plein des gourdes.

Ici on rejoint le GR de Pays, les paysages défilent : fermes caussenardes, pelouses sèches, buissières, genévriers, pins… Notre piste traverse le hameau de la Condamine « entre collines et dolines Â». Nous progressons le long de sentiers parfois bordés de petits murets, parfois de clôtures.

Du côté des Moutets, à l’entrée d’un parc à vaches, nous nous permettons d’abreuver les chevaux à une citerne et son bac bien rempli, beaucoup de bouses fraiches mais pas une vache en vue, même si Fahyza et Vanrex sont aux aguets .

June montre des signes de fatigue.
À la cote 880, nous abandonnons le GR pour prendre la direction sud vers la Citerne, de grosses côtes encore au niveau de Pouzaronc que nous faisons à pieds.
À la Citerne au km 14, nous voulons couper à travers champs mais nous nous heurtons aux innombrables clôtures et devons rebrousser chemin pour suivre la piste en dur.
Les nuages qui nous avaient accompagnés la matinée, se sont clairsemés vers midi, laissant place à un soleil qui tape !

Puis ce sera de belles pistes, nous atteignons le domaine de La Fichade, ses prés son élevage, et ses poulains qui viennent nous saluer.

Plus loin, le lieu-dit Deïdou, nous progressons (régulièrement) sur des chemins clôturés de part et d’autre, à moins que ce soit les champs qui le soient, sic … le doux murmure des blés nous accompagne quelques instants .Nous atteignons Cros Roux au km 20, maison en pierres en ruine. L’emplacement nous offre à nouveau un bel endroit naturellement fermé permettant de laisser les chevaux brouter en liberté une belle pâture pendant que nous nous restaurons et nous reposons quelques instants .

C’est ensuite 5 km d’une plaisante piste forestière, boisée alentours principalement de pins noirs, telle que nous les aimons les parcourir au galop, large, plate et serpentant, sablonneuse, c’est toujours une partie de la boucle de la 120 de Florac.

Je finis par prendre June avec moi sur Vanrex, elle semble ravie et lui ne montre aucun signe de mécontentement, +20kg !, ils s’entendent bien tous les deux.
Nous arrivons au hameau magnifiquement restauré de Fretma, ancien domaine agricole.
La propriétaire aura l’amabilité de nous apporter un bac que nous remplissons au point d’eau permettant aux chevaux de s’abreuver.

Nous passerions bien une semaine au vert ici …

Martina monte Vanrex, prend June avec elle, je continue à pied, Fahyza en main.

Les parcs des Chevaux de Przewalski sont juste derrière à la lisière de la forêt.

Un peu plus loin, dans une plaine, nous croisons un jeune berger et ses moutons que nous contournons.

Au km 30, au niveau de la Serre de Capel, nous sortons de la forêt pour retrouver la steppe d’herbe jaune, fascinante, c’est une merveille de dépouillement, austère au possible, la beauté sublime de la nature, il ne manque que le hurlement des loups au loin et le survol des vautours au-dessus de nous !

Les combes, les serres et les mamelons ondulent à l’infini, se suivent et se ressemblent intensément. C’est toujours pareil, mais la moindre variation me touche : du simple buis tordu au sommet d’une serre au petit tas de lauzes, du pin qui colonise les pelouses au chardon fleuri et à la lavande flottant au vent, et les papillons virevoltant devant le nez des chevaux.

Le chemin file ensuite par le Plos des Conques, Mielgues, un groupement de 3 maisons abandonnées, puis par la ferme d’Aures, les lieux sont là aussi, semble-t-il, en grande partie à l’état d’abandon, puis nous atteignons la corniche du Cap Barré et le point de vue dit le Cayla qui nous offre un panorama spectaculaire.
À l’horizon, le Mont Aigoual fleurte avec les nuages, à ses pieds et aux nôtres, ravins, crêtes, vallons, cols et forêts de toute une palette de verts, nous en avons le souffle coupé.

Encore quelques kms, quelques portions de route et après 39 km et presque 10hrs depuis notre départ ce matin, nous arrivons en vue des écuries

Nos chevaux ont été généreux comme toujours, il est temps pour eux de se reposer.
Un paddock, de l’herbe, du foin et de l’eau fraiche pour les uns et une bonne bière pour les autres, de quoi trinquer à cette belle journée.

Ambiance joyeuse aux Ecuries du Méjean, élevage de purs sang arabes, l’accueil chez Eric et Béa est toujours chaleureux et convivial.
Nous aurons le loisir de discuter endurance, mais pas que, avec d’autres cavaliers de passage, joyeux et rieurs, Anne Sophie et Sébastien du Haras de Uzès ainsi que Monsieur (An)Tonio Nogueira, Président de la SHU et Organisateur de la semaine SHF d’Uzès, et sa femme Mireille qui randonnent autour du parcours de la 160.


Au soleil couchant, les poulains « buveurs de vent Â» nous offrent un séduisant spectacle, s’amusant galopant en haut de la colline face aux écuries.

23hr, nous montons à l’étage pour rejoindre nos chambres, et, après un dernier coup d’œil sur les paddocks, nous nous endormons épuisés, sereins et avec un sentiment de bonheur ultime après une telle journée.

J5 – 18 juillet : Repos sur le Causse Méjean

Après 4 étapes, 145 km et 3680+, le 5ème jour sera un jour de repos avant de repartir pour 3 jours de rando.

Nos ‘buveurs de vent’ entrainés depuis le déconfinement vont bien, mais le repos est apprécié de tous.

Avec le fourgon prêté par nos hôtes, nous allons jouer aux touristes à Meyrueis, achat de produits locaux pour le pique-nique du lendemain, passage à la pharmacie pour les pattes de June qui se sont irritées sur le dessus à cause des chaussons, pas une bonne solution finalement, raison pour laquelle elle trainait hier. Déjeuner au-dessus du Béthuzon, trempage des pieds dans la Jonte, avant de remonter sur le Causse pour une sieste auprès des chevaux.

Le soir, diner à la pizzeria Ô Garage à la Parade, une occasion de ‘visiter’ un peu plus le Causse, et de se rendre à un relativement récent rdv des locaux et des touristes, nous serons très bien reçus et nous nous délecterons de nos pizzas.

De retour aux écuries à la nuit tombante, allongés dans le pré, nous profitons d’un ciel étoilé vue du Causse Méjean, un autre plaisir du voyage. Nous nous émerveillerons à trouver les constellations, à chercher les satellites filants, et il y en a !!, à suivre la voie lactée déployant son voile.

J6 – 19 juillet : La Citerne – Aiguebonne

Courte étape de 19 km, et sera une jolie promenade le long de chemins tranquilles, nous passerons par Meyrueis en suivant le GR6 jusqu’à la Pierre Plantée d’où l’on descendra sur la Foux avant de rejoindre Aiguebonne.
Nous ne nous pressons pas ce matin, prenons le temps de petit déjeuner et de préparer les chevaux.
Avec pansements, soins et une journée de repos, June va mieux ce matin. Le ciel est d’un beau bleu, le soleil commence sa montée et annonce une journée bien chaude, nous gratifions le temps nuageux des jours précédents nous ayant épargnés de grosses chaleurs.

Sur les indications de Béa, nous prenons notre départ par l’Est de la Serre de Pauparelle, et non pas par l’autre côté évitant le parc des mâles, et par le hameau du même nom, toujours aussi beau et toujours portes et volets fermés, je m’installerais bien ici.
Nouvelle vue panoramique à couper le souffle sur le massif de l’Aigoual et la Vallée de la Jonte.
Nous descendons du Causse à pieds chevaux en mains par le GR6, surplombant Meyrueis et les Gorges de la Jonte, en face le Causse Noir et ses falaises imposantes.
Nous traversons Meyrueis rapidement, il y a trop de touristes et badauds pour nous, et la plupart qui ont l’air de s’étonner de notre passage.
Nous progressons le long du Béthuzon, puis nous avons en vue la silhouette imposante du Château de Roquedols, construits entre le XVI et XVIIe siècle.
Je ne peux m’empêcher de m’approcher, c’est un magnifique monument orné de quatre tours dont trois rondes, son entrée avec un perron arrondi encadré par des pilastres m’émerveille. La pierre qui surmonte l’entrée porte la date de 1534. 

Nous quittons ce lieu, et après une petite grimpette nous rejoignons la D986 et retrouvons le GR6.
Ensuite, nous prenons de la hauteur par un sentier forestier le long du GR6 ou la Faysse des Mazes, le tout avec une pente à 8% sur 5 km, nous traversons 2 passerelles en bois, étroites, mon barbe circonspect, mais ça passe en toute sérénité.
Fin de la montée, nous atteignons la Pierre Plantée, à 1157m, vue sur les Gorges du Trêvezel, où nous retrouverons le gîte en fin d’après-midi.

Nous sommes au cœur de La forêt Domaniale de l’Aigoual, nous amorçons la descente à pieds par un beau single herbeux, à la végétation envahissante, nous nous demandons s’il est souvent emprunté et si nous pourrons aller jusqu’au bout, nous positivons en voyant que l’herbe haute est quelque peu couchée par endroits, par une trace humaine ou animal, que sais-je (Stéphane le trappeur) …

Arrivés en bas du côté du hameau Village Nègre, nous traversons la végétation luxuriante de l’Arboretum de la Foux qui s’étend sur 10 ha entre 900 et 1050 m d’altitude, sur un parcours très ombragé qui nous ravi. Ses plantations ont été réalisées entre 1900 et 1910. La collection d’arbres et d’arbustes est constituée de sapins de Nordmann, de Douglas, de Chênes rouges d’Amérique, d’épicéas d’Orient, de mélèzes, de pins laricio de Corse, de séquoias géants, de cèdres de l’Atlas de chênes rouges d’Amérique, de châtaigniers, d’ormes de montagne, de bouleaux, et de nombreux autres spécimens.
Certains arbres y atteignent des hauteurs qui constituent des records pour l’Europe au-delà de 50m.

A partir de la Foux, nous suivons une nouvelle piste forestière sur 3 km, large à flanc de montagne, au-dessus de nos têtes le Devois, le Mont Redon. Emportés par l’enthousiasme de se rafraîchir dans le Trévezel à notre arrivée, et la splendeur des lieux, nous nous élancerons au petit galop dans le chemin enherbé.

Arrivée au hameau d’Aiguebonne, niché dans la vallée du Trévezel entre le Mont Aigoual à l’Est et le Causse noir à l’Ouest, en bordure de rivière et entouré de forêts de pins sylvestres et de chênes. Il va nous offrir un cadre propice à la contemplation, méditation et au repos pour cette fin d’après-midi.

Accueil des plus sympathique par Alexandre et Denis.
Nous dessellons et mettons les chevaux en paddock avec accès direct à la rivière, déjeunons à l’ombre des arbres et allons prendre le frais sur les rives du Trévezel, les chevaux tout à côté, lecture et petit somme.

Nous apprendrons lors de nos conversations avec Denis qui nous servira un copieux diner et petit déjeuner le lendemain, préparés par ses soins, qu’il s’est installé tôt dans la région venant de Paris et s’est improvisé à l’agriculture et à l’élevage, qu’il aura élevé et préparé des chevaux arabes-shagyas pendant une quinzaine d’années et qu’il aura participé aux débuts de l’endurance sur le territoire, et que l’un de ses chevaux, Ganda Koy sera arrivé premier sur la 160 de Florac en 2006, respect !

Alexandre reprend la suite de l’élevage de bovins avec 32 têtes ainsi qu’un nouvel élevage d’Arabes …. À suivre